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Réseaux sociaux et Darknet: entre liberté d’expression et cybercriminalité en Haïti.

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Il est un fait certain que les technologies de l’information et de la communication (TIC) s’installent tranquillement dans nos vies et commencent à prendre des proportions importantes – mais surtout inquiétantes – pour nous, notre entourage et pour la société dans son ensemble.

Les médias sociaux, communément appelés “ réseaux sociaux “ ont donné la parole – facile – à tout individu, et dans la foulée, démocratisent l’accès à l’information à un point où l’on est obligé d’apprendre à discriminer le vrai du faux. Un véritable agora où circule un nombre incalculable d’informations et/ou d’intoxications. Nous avons comme l’impression qu’en Haïti, tout le monde veut dire quelque chose. Mais à quel prix? La parole semble être libérée avec l’arrivée de cette forme de média où chaque personne peut ” s’auteuriser[1] “ à tord ou raison d’ailleurs; une liberté d’expression qui ne dit pas son nom. Une liberté qui est capable de tout… une liberté qui est l’expression d’une parole ou d’une écriture qui veut tout s’autoriser ou presque.

Les réseaux sociaux ou l’éducation aux médias en Haïti.

Face à l’évolution vertigineuse des technologies de l’information et de la Communication, il est plus que nécessaire de sensibiliser les utilisateurs des médias sociaux à l’éducation à la citoyenneté numérique.Étymologiquement, « citoyenneté » vient du latin «civitas » et «civis », ce qui signifie « citoyen ». Ces deux mots traduisent le respect du droit et du devoir d’un citoyen et se rapprochent fidèlement des règles de la démocratie, le vivre ensemble, tout en respectant les limites de ces droits. La citoyenneté numérique doit être l’oeuvre de l’école: pourquoi à l’école? Bien que la technologie soit présente dans quasiment toutes les sphères de notre société, pour avoir ce « citoyen numérique responsable » que nous évoquons, il faut aller à la base. Aucun lieu n’est plus adapté à ce genre d’enseignement que l’école, même si on reconnait l’influence non négligeable des autres agents de socialisation comme la famille, l’église, les groupes de pairs et l’environnement. Le cyberespace doit abriter désormais des citoyens – numériquement – responsables.

Le rôle de l’école dans ce monde digitalisé

Dans cette quête de citoyenneté numérique, le vocable « citoyenneté » emprunté à l’Égypte antique, réservé aux élites de la Macédoine, est l’un des concepts de base de plusieurs disciplines (Ribble, p. 27), tels que les sciences politiques, la géopolitique, la sociologie, etc. La citoyenneté, pour rappel, évoque les notions de droits civils et politiques, et bien évidemment des devoirs civiques qui définissent le rôle, le comportement que le citoyen doit avoir face aux autres membres d’une société donnée. Accouplé à l’adjectif « numérique », qui renvoie aux ressources et aux outils technologiques, je m’interroge sur les règles que le dit « citoyen numérique » doit adopter en milieu professionnel, familial et scolaire qui doivent nécessairement passer par une culture numérique que seules les institutions éducatives peuvent le garantir.  L’école doit se poser les questions suivantes: comment les aider à vivre ensemble? À se respecter mutuellement dans ce monde virtuel? Avoir un compte ou une page sur les réseaux sociaux fait partie du processus de création d’une identité numérique; celle-ci doit être accompagnée aussi de la notion de “citoyen numérique”. Identité et citoyenneté numérique vont de pair selon ma compréhension de ces concepts.

DARKNET ou la cybercriminalité

Certains le voient comme étant un espace réel de liberté absolue. Pour d’autres, le Darknet est le trou noir de l’Internet. La partie émergée que vous utilisez du Net, n’est qu’une infirme portion par rapport à celle, noyée dans les profondeurs du web. D’où le fameux nom de “ DeepWeb “. Une fois accédé, après le téléchargement du navigateur TOR, conçu spécialement pour faciliter le chiffrement des données secrètes du Deepweb avec le domaine .ONION (point onion), le monde s’ouvre à vous. Ni loi, ni règles, ni obstacles. Tout se vend, tout s’achète. Mais ce qui fait surtout peur, c’est que tout est disponible. Tout ! Vraiment tout! Evidemment tout ce qui est interdit ou illégal dans l’autre monde; Organes, Kalachnikov, Drogue sous toutes ses formes… mais aussi tout ce qui est légal.

Imaginez une seconde que des gens malintentionnés utiliseraient le Darknet à des fins terroristes. Comment allons-nous les combattre en Haiti? Imaginez une seconde que nous avons des trafiquants d’organes sur le Darknet en Haiti? Imaginez une seconde qu’il existe sur le Darknet des puissants réseaux Haïtiens de prostitution – infantile? Imaginez, imaginez. Pour l’instant, il n’existe aucune loi sur la cybercriminalité en Haiti, et sur le numérique en général ou presque. Donc pas de cyberbrigade pour traquer les adresses IP (Internet Protocol) des ordinateurs, pas de cyberbrigade pour surveiller les comportements répressibles appelant à la haine, à la discrimination, à la diffamation, au non respect de la vie privée des personnes en publiant des images, des sons et des vidéos sur le réseau internet du pays. Nous ne sommes pas armés juridiquement pour résister aux assauts et dérives de l’Internet en général et du Darknet en particulier. Sur Internet, nous ne respectons rien, nous jetons le voile, aucune limite, aucun respect de la vie privée de l’autre. L’intimité du corps devient un aspect collectif et ces comportements jugés malsains veulent s’enraciner dans l’intelligence collective de notre société. L’Internet montre à quel point nos valeurs morales s’éfritent. Jusqu’où irons-nous?

Culture, identité et citoyenneté numérique

“Culture, identité et citoyenneté numérique”  Tout cela nous oblige à penser et à accepter que nous sommes dans une « société numérique » — existante ou en cours d’exister – au regard de nos interactions sociales et pratiques des technologies. Les défis qui nous guettent dans ce pays[2], c’est d’amener les gens à passer de l’identité numérique, c’est à dire avoir une présence sur le Web, a une culture numérique, qui sous entend qu’elle engloberait une forme de valeurs – partagées – transmises par l’école de demain.

En créant une identité numérique (utilisateur des réseaux sociaux ou de l’internet en général), vous acceptez implicitement de faire partie d’une communauté, d’une société. Toute société est composée de citoyens partageant un ensemble de valeurs communes. Seules les pratiques encadrées permettront d’avoir une culture commune du numérique. Il y va de la responsabilité de chacun de nous, impliqué dans la révolution technologique.

En guise de conclusion, notre Haïti a déjà l’obligation de légiférer dans les domaines suivants : le commerce électronique, la communication numérique, la littératie numérique, l’étiquette en ligne, des droits et responsabilités en ligne, … en général sur les lois liées au numérique. Nos concitoyens doivent savoir clairement quand est ce qu’ils sont dans l’illégalité sur la toile.

A suivre ! 

Références bibliographiques & Webographiques:

[1] Etre auteur de quelque chose. Ecrire quelque chose.

[2] Le mot pays fait référence à Haïti.

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Crédit Photo: © Tracy Le Blanc

 

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  • Directeur et Fondateur de OmniScient Info | Psychopédagogue | Technopédagogue | Doctorant en Technologie Educative | Spécialiste des TICE et de l'Education Inclusive/Spéciale (autisme)

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