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Enseignement supérieur en Haïti : première décision forte de l’ANESRS contre une université non autorisée

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Port-au-Prince, 20 avril 2026 —

L’Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (ANESRS) a pris, le 20 avril 2026, ce qui apparaît comme sa première grande décision administrative dans son rôle de régulateur du secteur universitaire en Haïti. Dans une circulaire officielle, l’institution annonce l’interdiction immédiate de toute activité administrative, académique ou de certification de l’université dénommée El Shaddai International Christian University, pour absence d’autorisation légale de fonctionnement sur le territoire haïtien.

Selon la note officielle publiée par l’ANESRS, l’alerte est survenue après la diffusion d’une information relative à l’organisation d’une cérémonie de graduation par cette université. Des vérifications administratives ont alors été engagées. Les conclusions sont sans équivoque : l’institution n’a aucune autorisation légale d’opérer en Haïti ni d’une accréditation officielle pour les programmes qu’elle prétend offrir, relate la note. Une situation qui constitue une violation directe des dispositions réglementaires encadrant l’enseignement supérieur.

En vertu du décret de mars 2020 sur l’organisation et la modernisation de l’enseignement supérieur, toute personne qui crée ou dirige un établissement universitaire sans autorisation s’expose à des sanctions pénales lourdes, incluant des peines d’emprisonnement et des amendes pouvant atteindre plusieurs millions de gourdes. L’agence a également indiqué qu’elle se réserve le droit de saisir les autorités judiciaires compétentes afin que des poursuites puissent être engagées si nécessaire.

Une première décision forte et symbolique… mais tardive ?

Cette décision marque un tournant dans l’action régulatrice de l’ANESRS, institution créée pour assainir un secteur universitaire longtemps caractérisé par une prolifération d’établissements privés de qualité inégale. Mais une question dérangeante s’impose immédiatement : pourquoi cette intervention arrive-t-elle maintenant ? Dans un pays où l’enseignement supérieur privé domine largement, l’absence de contrôle systématique a permis, pendant des années, l’émergence d’institutions dont le statut légal demeure flou ou inexistant. Cette affaire pourrait n’être que la partie visible d’un problème plus profond. C’est un marché très lucratif en Haïti échappant tout contrôle de l’Etat.

Le sort incertain des diplômés

Au-delà de la décision administrative, la question la plus sensible concerne les diplômés issus de cette institution. Depuis plusieurs années, de nombreux jeunes haïtiens auraient obtenu des diplômes de master et de doctorat délivrés par cette université. Certains occupent déjà des postes dans l’administration publique, dans des ONG ou dans des établissements d’enseignement. Plusieurs questions restent sans réponses. Ces diplômés peuvent-ils légalement porter les titres de maître ou de docteur ? Leurs diplômes seront-ils reconnus, invalidés ou soumis à une procédure d’évaluation ? Quelles mesures seront prises pour protéger les étudiants qui ont investi temps et ressources dans ces formations ? Ces questions dépassent le cadre administratif pour devenir un enjeu social et professionnel majeur. Car si l’irrégularité institutionnelle est avérée, il faudra distinguer clairement les responsabilités : celles des dirigeants qui ont opéré hors cadre légal, et celles des étudiants qui ont pu agir de bonne foi.

La crédibilité académique de l’enseignement supérieur en Haiti est enjeu

L’affaire met en lumière un risque systémique : l’érosion de la crédibilité des titres universitaires dans le pays. Si des diplômes de cycles avancés ont été délivrés en dehors de tout cadre réglementaire, cela pose un problème de confiance envers l’ensemble du système d’enseignement supérieur. La valeur d’un diplôme ne repose pas uniquement sur l’effort académique fourni par l’étudiant, mais sur la reconnaissance institutionnelle qui garantit sa validité. Sans ce socle, le titre perd sa portée juridique et professionnelle.

La décision de l’ANESRS pourrait ouvrir la voie à une série d’inspections et d’évaluations visant d’autres institutions opérant en dehors des normes légales. Plusieurs observateurs estiment qu’un audit national des établissements d’enseignement supérieur serait désormais nécessaire pour identifier les institutions autorisées, accréditées ou en situation irrégulière. Sans une telle démarche, le risque est simple : traiter un cas isolé tout en laissant intact un système vulnérable.

L’interdiction prononcée contre El Shaddai International Christian University, constitue un signal fort envoyé au secteur académique. Mais cette décision ouvre un dossier bien plus complexe que la simple fermeture administrative d’un établissement supérieur. Elle pose une question fondamentale pour l’avenir du système universitaire haïtien :Que vaut un diplôme lorsqu’il n’est pas reconnu par l’État ?

Entre temps, des dizaines, voire des centaines de personnes sont déjà titulaires de diplômes délivrés par cette institution aujourd’hui interdite ? des Masters  et des doctorats.

Dossier à suivre. Doc.



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