Le système éducatif haïtien ne manque pas de réformes ambitieuses. Ce qui lui fait souvent défaut, en revanche, c’est leur mise en œuvre dans la durée. Le dispositif de permis d’enseigner, présenté comme un levier majeur de professionnalisation du métier d’enseignant, en est une illustration frappante.
En août 2014, dans le cadre des douze mesures annoncées par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Nesmy Manigat, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) avait instauré le Permis provisoire d’enseigner (PPE). Valable deux ans, ce document devait être renouvelé après une requalification fondée sur la formation continue, l’expérience professionnelle et la vérification des qualifications académiques de l’enseignant. À l’époque, cette décision avait été largement saluée par les syndicats et les acteurs du secteur.
Près de dix ans plus tard, le ministre, revenu à la tête du MENFP en 2023, a souhaité renforcer cette réforme en créant le Registre national des enseignants (RNE) et en annonçant l’évolution du PPE vers un Permis national d’enseigner, décliné en plusieurs catégories (A, B et C). L’objectif était clair : disposer d’un système moderne de certification, de suivi et de valorisation de la profession enseignante.
Pourtant, sur le terrain, une question demeure : où est passé ce dispositif ?
Aujourd’hui, de nombreux enseignants affirment ne plus pouvoir obtenir ce permis, pourtant présenté comme une pièce maîtresse de la gouvernance du système éducatif. Pourquoi cette interruption ? Quelles difficultés empêchent sa délivrance ? Les dispositions de la loi du 8 novembre 2018 portant reconnaissance et validation des acquis de l’expérience professionnelle (RVAEP) sont-elles réellement appliquées ? Le projet a-t-il été abandonné ou simplement suspendu ? Ou s’agit-il, une fois de plus, d’une victime du manque de continuité administrative qui caractérise trop souvent les politiques publiques en Haïti ?
Au-delà de ces interrogations administratives, c’est une question fondamentale de gouvernance qui est posée. Comment le MENFP peut-il garantir à la société haïtienne que les personnes qui enseignent dans les salles de classe disposent des compétences requises si le principal mécanisme de certification professionnelle n’est plus opérationnel ? Sans un permis d’enseigner effectivement délivré, contrôlé et renouvelé, l’État se prive d’un outil essentiel pour assurer la qualité de l’enseignement, protéger les élèves et renforcer la crédibilité de la profession.
Le permis d’enseigner ne devrait pas être considéré comme une simple formalité administrative. Il constitue un véritable instrument de régulation, permettant de professionnaliser le métier, d’encourager la formation continue et de garantir que chaque enseignant répond à des exigences minimales de qualification.
Le débat mérite aujourd’hui d’être relancé. Les responsables du MENFP gagneraient à communiquer clairement sur l’état d’avancement de cette réforme, les obstacles rencontrés et les perspectives de relance du dispositif. Car au moment où la qualité de l’éducation est présentée comme une priorité nationale, il est légitime de demander : comment construire une école de qualité sans un mécanisme fiable de certification des enseignants ?
Omniscient Info | La rédaction
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