État des lieux de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en matière d’accès et d’équité.
Status of higher education and scientific research regarding access and equityLa recherche globale intitulée « Les effets de l’égo surdimensionné sur la modernisation du sous-secteur de l’enseignement supérieur » de Jacques Yvon Pierre est fondée sur l’hypothèse globale que l’égo surdimensionné (Y) est un facteur déterminant ou, qui contribue, dans une large mesure, à la mal gouvernance (X) du sous-secteur de l’enseignement supérieur. Extrait de ce travail, ce texte présente la partie traitant des résultats de cette recherche qualitative en ce qui concerne les effets de ce type d’égo sur la qualité et la pertinence de l’enseignement supérieur.
Introduction
Vouloir parler de la dissonance cognitive des hautes autorités de l’éducation en ce qui a trait à l’accès à l’enseignement supérieur – quand on ne dispose pas d’indicateurs relatifs aux taux d’inscription d’une génération dans l’enseignement supérieur en Haïti- peut paraitre un rêve de fous. Comment peut-on avoir la prétention de traiter de tels sujets quand avoir des données minimales comme le taux de réussite à l’entrée dans le supérieur au niveau national ou le taux d’obtention de diplômes, de pourcentage de la population ayant atteint un certain niveau d’études nécessite des gymnastiques extraordinaires auprès des acteurs/actrices placées normalement pour nous informer, au nom même du principe de la reddition de compte. Mission impossible, dirait-on, puisque même visiter la revue de littérature en rapport à la recherche scientifique suppose préalablement des données sur des indicateurs se rapportant au nombre de publications, de thèses, de données de recherche ouvertes – lorsqu’il est question de croiser la dissonance cognitive des hauts dirigeants à l’accès à l’enseignement supérieur- est déjà une épreuve complexe sinon compliquée. Mais, déjà rien qu’évoquer la problématique de l’accès à l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en Haïti, peut paraître une affaire de « gens au ventre plein qui cherchent à faire la sieste » dans un pays incapable de répondre à des besoins fondamentaux.
Car, soulever la question des défis et obstacles généraux du système éducatif reviendrait à poser d’abord le problème de l’analphabétisme en Haïti. Mais comment poser sérieusement le problème de l’analphabétisme en Haïti sans s’intéresser à ce qui limite l’accès à l’enseignement supérieur et aux savoirs, sans prendre en compte le faible niveau d’investissement qui n’est pas sans conséquences sur la qualité des infrastructures et le développement de la recherche ? Comment analyser la situation de pauvreté et d’inégalités sociales qui se répercutent sur le système éducatif, en général sans s’intéresser à tout ce qui ne facilite pas l’accès à l’éducation au niveau de l’enseignement supérieur pour une grande partie de la population ? Pendant longtemps, les autorités éducatives en Haïti n’ont pas compris la nécessité d’une approche systémique intégrant l’alphabétisation et l’enseignement supérieur. Parce qu’on ne prend pas en compte l’influence dialectique entre ces deux niveaux de l’éducation et qu’on les traite comme s’il s’agit de deux problématiques non interconnectées, on est encore loin de perspectives permettant de faire l’éducation un déterminant essentiel au développement durable du pays. Or, il est évident que la maîtrise des compétences fondamentales en alphabétisation est essentielle pour la réussite dans l’enseignement supérieur et au-delà. Et cela oblige de ne plus réduire l’alphabétisation à la lecture, l’écriture et le calcul, mais d’y inclure l’accès aux savoirs et à la participation sociale, et de bâtir ainsi le lien avec l’enseignement supérieur appelé à consolider et étendre ces compétences (celles de l’alphabétisation) pour des parcours professionnels et un engagement citoyen plus complet. Et cela relève de l’écosystème de l’enseignement supérieur-recherche scientifique. La non implication de la recherche scientifique dans les autres sous-secteurs du sous-système d’éducation formelle et son indifférence quasi totale au sous-système d’éducation non formelle dont le sous-secteur d’alphabétisation explique, dans une certaine mesure, le faible développement de l’enseignement supérieur. Cloisonné sur lui-même et indifférent au gaspillage de temps, d’énergie et d’argent dans tout ce qui concerne les autres sous-secteurs de l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique se révèle incapable de mettre en place le potentiel nécessaire à son propre développement et ce n’est pas un hasard s’il est caractérisé aujourd’hui par les traits suivants :
- Une prédominance des institutions d’enseignement supérieur privés, elles-mêmes confrontées à des défis de taille
- Un développement rachitique de la recherche scientifique qui, de plus, n’est pas suffisamment valorisée pour contribuer au progrès du pays ;
- La détérioration continue des infrastructures universitaires, résultant des crises multiples diverses successives.
Mais comme pour défendre préalablement l’idée d’aligner toutes les composantes des deux sous-systèmes du système éducatif haïtien (incluant l’alphabétisation et l’enseignement supérieur) avant d’aborder le fond du sujet de cet article, nous reprenons , à partir d’une histoire figurée dans l’encadré ci-après, tout l’intérêt des peuples de veiller au coût multiple de l’ignorance : soumission à des pouvoirs autoritaires, perte de liberté individuelle et collective, perpétuation de préjugés et de discriminations et échec du développement social et économique..
| Encadré 1 Lorsque Che Guevara fut capturé dans sa cachette, après avoir été trahi par un berger, l’un des soldats lui demanda avec surprise : – Comment pouvez-vous trahir un homme qui a passé toute sa vie à vous défendre, vous et vos droits ? Le berger répondit calmement : ses combats contre l’ennemi effrayaient mes moutons ! De nombreuses années auparavant, en Égypte, le grand commandant Mohamed Karim avait mené la résistance contre la campagne militaire totale de Napoléon. Lorsqu’il fut capturé, le tribunal le condamna à mort. Mais Napoléon le fit appeler et lui dit : – Je regrette de devoir tuer un homme qui a courageusement défendu son pays. Je ne veux pas que l’histoire se souvienne de moi comme d’un assassin de héros. Je te pardonnerai si tu paies 10 000 pièces d’or en compensation des pertes subies par mon armée. Mohamed Karim rit et répondit : – Je n’ai pas autant d’argent, mais les marchands me doivent plus de 100 000 pièces d’or. Napoléon lui accorda un sursis. Karim se rendit au marché, enchaîné et entouré de soldats qui le gardaient, espérant que ceux pour qui il s’était sacrifié l’aideraient. Mais aucun marchand ne répondit. Au contraire, ils l’accusèrent d’être la cause de la destruction d’Alexandrie et de leur crise. Il retourna vers Napoléon, moralement brisé. Napoléon lui dit alors : – Je ne te tuerai pas parce que tu t’es battu contre nous, mais parce que tu as sacrifié ta vie pour un peuple lâche, qui préfère le commerce à la liberté. Mohamed Rashid Rida résuma ainsi : « Celui qui se bat pour un peuple ignorant est comme celui qui s’immole par le feu pour éclairer le chemin des aveugles. » |
La théorie de la dissonance cognitive
Théorie de la psychologie sociale, établie en 1957 par le psychologue américain Leon Festinger, la dissonance cognitive renvoie à la situation d’une personne qui se trouve confrontée simultanément à des informations, opinions, comportements ou croyances qui la concernent directement et qui sont incompatibles entre elles. Ce qui l’amène à ressentir un état de tension psychologique et un inconfort désagréable.
La réduction de la dissonance cognitive consiste en une modification des croyances, des opinions ou des attitudes pour les mettre en phase avec l’information qui était contradictoire. Le concordisme en est un exemple clair : il correspond à une attitude consistant à rapprocher le dogme religieux de la science. A chaque grande découverte scientifique, les concordistes tentent de faire coïncider à tout prix les textes sacrés avec la science. La recherche de cohérence entre la science amène à de nouvelles interprétations des Ecritures et on attribue le manque de précision de celles-ci à l’état pré-scientifique de ceux qui les ont rédigées
En ce qui concerne le cas que nous cherchons à analyser, la théorie de dissonance cognitive s’applique à la difficulté éprouvée par les autorités à adapter les idées qu’elles semblaient défendre avant aux réalités du pouvoir qui les dépouille de modèles ou de système de représentation, conforme à ce qui paraît convenir à leur monde antérieur.
Idéalement, il conviendrait de modifier de l’un ou des éléments dissonants pour changer de comportement ou d’attitude : évaluer pour évoluer. Mais, il se trouve qu’on est dans une dynamique contraire avec un certain nombre de dirigeants de pays du tiers-monde. Au contraire, ils sont enclins à :
- Ajouter des éléments consonants permettant de justifier le comportement dissonant.
- Réinterpréter le réel pour faire en sorte que les croyances restent intactes ;
- Minimiser l’importance des éléments dissonants.
En quoi peut-on parler de dissonance cognitive en rapport au comportement des autorités éducatives en ce qui concerne l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Haïti de 2020 à 2025 ?
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Pour lire l’article intégralement. Téléchargez le texte iciJacques Yvon PIERRE Chercheur à l’IAR
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