Accueil ENSEIGNEMENT Handicap et Inclusion Les avantages de l’application du principe de la non-discrimination dans le domaine de l’emploi, particulièrement en faveur des femmes et des personnes à mobilité réduite.

Les avantages de l’application du principe de la non-discrimination dans le domaine de l’emploi, particulièrement en faveur des femmes et des personnes à mobilité réduite.

22 minutes de lecture

Gabriel ALADIN, Psychologue

 Mise en contexte

Dans toute société qui se veut inclusive, l’accès à l’emploi est pour tout un chacun un droit inaliénable. En vue de parvenir à cette fin, la déclaration universelle des droits de l’homme dans ses articles stipule que « tous les êtres humains sont libres et égaux en dignité et en droit ». Cependant, force est de constater qu’en dépit des plaidoyers et des textes de lois existants, les femmes ainsi que les personnes handicapées sont jusque-là sujet à la discrimination au travail. Ne datant pas d’hier, une telle problématique mérite d’être traitée en vue de sensibiliser la société sur la question. Par conséquent, dans un premier temps, nous aurons à éclaircir le terme « personne handicapée. Dans un second temps, nous aborderons la problématique de la discrimination en lien à l’emploi. En dernier lieu, nous présenterons les différents avantages que comporte le respect du principe de la non-discrimination au travail en particulier pour ces catégories de personnes citées ci-dessus.

  1. Le concept « handicap »

En vue de mieux assoir notre réflexion, l’éclaircissement du concept « handicap » est impératif. D’abord, le vocable handicap est un concept qui comporte maintes définitions, dépendamment du contexte et du paradigme dans lequel il est employé. Ainsi, le dictionnaire Larousse, définit le handicap comme « toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société dû à une altération des capacités sensoriels, physiques, mentales, cognitives ou psychiques ». (Larousse 2020). L’Organisation des Nations Unis, à travers la Convention Relative aux Personnes Handicapées (CRPH), considère en son article 1, que la catégorie des personnes handicapées comprend celles qui présentent des incapacités physiques, mentales, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et entière participation à la société, sur la base de l’égalité avec les autres. Une autre définition se rapportant de plus près des sciences humaines et sociales est donnée. Elle permet de définir le handicap par rapport à l’ensemble des déterminants sociaux et culturels qui s’imposent en termes d’obstacle à l’intégration de tous dans leur habitude de vie (Gardou, 2006). Toutefois, nous pouvons constater que dans chacune de ces définitions les situations de handicap auxquelles sont confrontées les personnes handicapées ne sont définissables qu’en rapport au contexte d’accessibilité socio-environnemental dans lequel elles évoluent.

  1. Problématique de la discrimination au travail

Nombreuses sont les recherches abordant la problématique de l’accès à l’emploi en termes d’équité pour ces deux catégories à savoir : les personnes à besoins particuliers et les femmes. Citons à ce sujet Le rapport mondial sur le handicap produit par l’OMS (2011) qui  recense  15 % de la population mondiale vivant avec une déficience. Ces personnes, victimes du destin, font face au quotidien à des obstacles compromettant leur inclusion dans la vie ordinaire. Toujours suivant ce rapport, le chômage affecte beaucoup plus les personnes à besoins spéciaux en âge de travailler que celles dites normales. Les chiffres fournis par l’OIT (2007) indiquent que moins de 20 % des personnes handicapées dans le monde ont actuellement un emploi. Cette faible représentation coïncide aux multiples obstacles auxquels ces dernières sont confrontées sur les lieux de travail  sans omettre les attitudes pessimistes mettant en doute leur potentialité. Il faut de surcroit souligner que sont majoritaires les personnes à besoins particuliers qui accèdent à l’emploi sans pour autant avoir les mêmes considérations ; ce qui par conséquent leur donne très peu d’opportunités d’évolution de carrière.

  1. Contexte haïtien

En Haïti, la constitution du 29 mars 1987 promeut le droit des personnes handicapées en ces termes : « L’État garantit aux personnes handicapées et aux surdoués des moyens pour assurer leur autonomie, leur éducation, leur indépendance ». (Art, 32-8). Cet énoncé juridique allait enfin être doté d’une loi d’application datant du 13 mars 2012 portant sur l’intégration des personnes handicapées. Cependant, en dépit des textes de lois existants, cette catégorie de personne peine encore à s’intégrer pleinement dans la vie sociale. Au travail, elles sont plutôt vues sous l’angle du handicap que de leur valeur intrinsèque. À compétence égale, elles paient les frais en raison des préjugés dont se font très souvent les employeurs à leur sujet

  1. Le cas des femmes

Les femmes quant à elles, représentent la majeure partie des personnes à très faible revenu constituant les sociétés notamment celles en développement. Souvent traité sur une base d’inégalité avec les hommes, elles ne gagnent que dix pour cent des revenus mondiaux tout en effectuant 2/3 du travail non rémunéré dans le monde. Tandis que celles qui ont un emploi rémunéré gagnent seulement ¾ du salaire masculin pour un travail identique (OIT, 2008). Outre la discrimination basée sur le genre, elles subissent d’autres formes basées sur la couleur de la peau, l’origine ethnique et le handicap.

  1. Les avantages du principe de la non-discrimination au travail

Tout individu a droit à un emploi décent lui permettant de participer pleinement à  la société. Ainsi, dans cette partie nous allons mettre en exergue les divers avantages à la fois pour les personnes handicapées et les femmes du principe de la non-discrimination au travail. D’entrer de jeux, il faut dire que les avantages de la mise en application de ce principe sont à regarder sous trois angles.

5.1.Aspect économique

Primo, d’un point de vue économique, le principe de la non-discrimination leur donne une garantie en ce sens qu’ils ont au même titre que les autres le droit à un revenu décent. En effet, pour une personne vivant avec une déficience, travailler dans un cadre où elle se sent à la fois respecter et valoriser lui permet de se défaire des préjugés portant à croire qu’être handicapé est synonyme de pauvreté. Grâce à son revenu, elle devient moins dépendante et peut tout comme n’importe qui, répondre à ses besoins.

Dans un contexte familial, avoir un emploi bien rémunéré permet à la femme de se sentir autonome par rapport à son mari. Cela peut aussi contribuer à réduire la violence conjugale en ce sens que la femme en ayant un salaire décent, aura moins tendance à supporter la violence que si elle en était totalement dépourvue.« Si l’on veut changer le monde, il faut changer la manière dont les femmes vivent ». Promouvoir le droit des femmes au travail contribue à renforcer l’économie mondiale. Investir dans l’égalité entre homme et femme est amplement bénéfique en ce sens qu’elle favorise la justice économique et sociale de ces dernières et leur pleine participation dans toutes les sphères de la vie.

5.2. Aspect social

Secundo, l’application de ce principe confère à la personne en question une utilité sociale. En effet, la perception que l’on fait des personnes handicapées est souvent pessimiste, voir négatif. L’adoption dans ce cas du principe de la non-discrimination permet de réduire de manière considérable toute attitude négative basée sur les stéréotypes au sujet de ces personnes. Le fait de se sentir valoriser au travail permet à la personne en question d’éviter l’isolement social ainsi que les idées suicidaires. Le respect de ce principe permet aussi aux institutions de promouvoir l’approche inclusive qui prend en compte l’altérité, la différence au sein des groupes. La non-discrimination au travail permet aux femmes de prendre part aux prises de décisions. Ces dernières qui jadis étaient limitées aux tâches ménagères, ont désormais au même titre que les hommes, droit à la mobilité socioprofessionnelle. En ce sens, elles sont valorisées, traitées d’égale à égale avec les hommes.

5.3. Aspect psychologique

Tertio, la non-discrimination au travail a une portée psychologique pour les deux catégories jusque-là mentionnées. L’application de ce principe permet à la personne handicapée de faire ses armes non pas par complaisance, mais sur la base de méritocratie. En termes de santé mentale, il renforce l’estime de soi de la personne en lui donnant un sentiment de fierté. En conséquence, le principe d’équité et la valorisation de l’être au travail constituent pour l’individu en question un facteur déterminant dans la construction de son identité sociale. De ce fait, l’image que se fait une personne est fortement influencée par la qualité des relations socio-professionnelles qu’elle entretien avec ses collaborateurs. Ainsi, un professionnel à capacité différenciée aura davantage un estime de soi élevé tant qu’il se sent valoriser dans ses relations professionnelles et ses efforts reconnus. A l’inverse, si l’individu a le sentiment qu’il développe une relation de dépendance et de parasitisme à l’égard de ses collaborateurs aux travail, une faible estime de soi ainsi que les conséquences y relatives peuvent se manifester.

 Conclusion

En fin de compte, nous pouvons dire que les femmes et les personnes handicapées sont depuis des lustres sujets à des plaidoyers portant sur leur pleine et entière participation  aux sphères sociales. Il arrive cependant qu’en dépit des diverses conventions relatives à ce sujet, le chemin à parcourir en vue d’atteindre cet objectif est de loin supérieur à ce qui a été déjà fait. Ainsi, il est du devoir des responsables de faire en sorte de réduire au mieux l’écart existant entre la situation actuelle et celle souhaitée. Nous devons créer un environnement où règne le vivre ensemble, une société dans laquelle sont préconisés les valeurs intrinsèque au détriment des jugements de valeur très souvent stéréotypés.

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Références bibliographiques

  • Constitution haïtienne du 29 mars 1987
  • Larousse (2020), éditions Larousse, Paris, 870 pages
  • OMS (2001). « Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé ». Rapport publié à Genève
  • OIT (2008) « Déclaration sur la justice sociale pour une mondialisation équitable »

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Gabriel ALADIN,

Psychologue & éducateur

Tél.- +509 37 20 5950

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